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DraculiaOn met l'IA en pleine lumière.

C'était ça ou mourir (Thélyson Orélien) : utilise-t-il de l'IA ?

Publié le · Mis à jour le

C'est contesté. Le 25 septembre 2026, l'Académie Goncourt a retiré de sa première sélection le roman C'était ça ou mourir, de l'écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien, qu'elle juge « selon toute vraisemblance très largement le produit d'une intelligence artificielle ». L'auteur et les Éditions du Boréal démentent fermement tout recours à l'IA.

Façade du restaurant Drouant à Paris, avec une inscription célébrant le centenaire du prix Goncourt.
Le restaurant Drouant, place Gaillon à Paris, où l'Académie Goncourt se réunit, photographié le jour du prix Goncourt 2016.ActuaLitté, via Wikimedia Commons · CC BY-SA 2.0 ·source
Niveau
Niveau : VampiriséŒuvre majoritairement générée par IA.
Statut
Statut : SoupçonnéIndices sérieux, non confirmés.
Œuvre
livre, 2026, Canada
Auteur
Thélyson Orélien
Éditeur
Éditions du Boréal
Usages
Écriture
Sources
3 sourcesPrincipale : Radio-Canada, 22 septembre 2026

Quels éléments sont concernés ?

  • Écriture : Texte du roman soupçonné d'avoir été très largement généré par IA, d'après le détecteur Pangram puis « plusieurs analyses de chercheurs et journalistes » invoquées par l'Académie Goncourt. L'auteur et son éditeur démentent tout usage de l'IA.

Que s’est-il passé ?

C’était ça ou mourir, roman de l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien publié par les Éditions du Boréal, est l’un des succès de la rentrée littéraire 2026. Il a reçu le prix du roman Fnac et figurait dans les sélections de plusieurs grands prix, dont le Fémina, le Médicis et le Goncourt, rapporte franceinfo.

Le lundi 21 septembre, un compte anonyme sur X, « Balance ton Claude », affirme avoir soumis plusieurs extraits du roman au détecteur Pangram. « Nous avons testé plusieurs passages, à divers endroits du manuscrit, pour presque toujours le même résultat : 100 % IA », écrit le compte, cité par Radio-Canada. Il ajoute avoir analysé quatre textes de l’auteur datant de 2014, pour lesquels le détecteur affiche 0 %. Franceinfo indique que des passages testés par sa rédaction avec un logiciel de détection ont aussi été considérés comme générés.

Que répondent l’auteur et son éditeur ?

Thélyson Orélien dément fermement, dans un entretien à Libération puis dans un communiqué des Éditions du Boréal. Il inscrit son écriture dans la tradition littéraire haïtienne et caribéenne : « C’est dans cet héritage que ma voix s’est construite. On peut discuter de mon style, mais faire de ses procédés des preuves d’intelligence artificielle n’a rien à voir avec la critique littéraire. Je me demande si l’on soupçonnerait aussi Césaire ou Jacques Stephen Alexis », déclare-t-il, selon Radio-Canada.

L’éditeur québécois souligne que l’auteur écrit depuis vingt ans, bien avant l’apparition de l’IA générative, qu’il a achevé un premier jet du roman il y a plusieurs années, et que les versions successives du manuscrit témoignent du travail mené avec son éditrice, « sans aucune intervention de l’IA ». Les Éditions du Boréal jugent les analyses « arbitraires », fondées sur des extraits soumis à un outil « dont la fiabilité est discutable et n’a, à notre connaissance, jamais été établie sur la prose romanesque francophone ». Le jeudi 24 septembre, l’auteur dénonce une « volonté » de le « faire taire », rapporte franceinfo.

Que vaut le détecteur Pangram ?

Pangram affirme sur son site un taux de faux positifs d’environ 1 sur 10 000, et de 0,003 % pour les livres, rapporte Radio-Canada, qui cite aussi des chercheurs de l’université de Chicago selon lesquels l’outil ne produit à peu près jamais de faux positifs sur des passages de longueur moyenne à longue. Ces chiffres ne portent pas spécifiquement sur la prose littéraire en français, l’argument central de l’éditeur. Le compte à l’origine de l’accusation a lui-même appelé à « y aller mollo » sur les attaques, en admettant « une chance non nulle (même si elle est infime) » que l’auteur soit de bonne foi.

Le fonctionnement de Pangram et des autres outils, et ce qu’en disent les études indépendantes, sont détaillés dans notre guide sur les détecteurs de texte IA.

Pourquoi l’Académie Goncourt a-t-elle retiré le livre ?

Le 23 septembre, le président de l’Académie, Philippe Claudel, se montrait prudent sur franceinfo : « Je laisse toujours bénéficier du doute à ceux qu’on jette en pâture comme ça à l’opinion. » Il rappelait que l’Académie « n’a ni les moyens techniques ou humains, ni les compétences » pour vérifier l’usage de l’IA, et disait n’avoir rien détecté à la lecture.

Deux jours plus tard, le vendredi 25 septembre, l’Académie annonce pourtant la « suppression » du roman de sa première sélection de seize titres. L’ouvrage « est selon toute vraisemblance très largement le produit d’une intelligence artificielle », écrit-elle, en s’appuyant sur le « résultat convergent de plusieurs analyses de chercheurs et journalistes dignes de foi ». Elle invoque aussi « des plagiats dont son auteur s’est rendu coupable au fil du temps et qui viennent d’être révélés », qui concernent, selon franceinfo, au moins une nouvelle et des articles publiés au Canada, et non le roman. « Il s’agit d’envoyer un message clair », ajoute l’Académie, qui ne « cautionne » pas la création de textes générés avec l’aide de l’IA. Le même jour, l’essayiste Samuel Fitoussi confirme être derrière le compte « Balance ton Claude ».

Pourquoi le niveau « Vampirisé » et le statut « Soupçonné » ?

Si l’accusation est fondée, le texte même du roman serait en grande partie généré, ce qui correspond au niveau « Vampirisé ». Le statut reste « Soupçonné » : l’Académie Goncourt parle de vraisemblance, les analyses publiées reposent sur des détecteurs dont la fiabilité est discutée pour ce type de texte, et l’auteur comme son éditeur démentent en invoquant les versions successives du manuscrit. Draculia mettra cette fiche à jour si des éléments nouveaux sont rendus publics. Sur les limites des détecteurs, voir notre guide sur les accusations d’IA erronées.

La réponse du créateur

Thélyson Orélien, dans un communiqué des Éditions du Boréal : « On peut discuter de mon style, mais faire de ses procédés des preuves d'intelligence artificielle n'a rien à voir avec la critique littéraire. » L'éditeur affirme que le travail éditorial a été mené « sans aucune intervention de l'IA ». (rapporté par Radio-Canada)

· Source

Chronologie

  1. Le compte anonyme « Balance ton Claude » publie sur X des analyses d'extraits du roman par le détecteur Pangram, qui les juge générés par IA.
  2. Thélyson Orélien se défend dans un entretien à Libération ; les Éditions du Boréal publient un communiqué de soutien.
  3. Sur franceinfo, le président de l'Académie Goncourt, Philippe Claudel, appelle à « être très prudent » et dit laisser « le bénéfice du doute ».
  4. L'Académie Goncourt retire le roman de sa première sélection ; l'essayiste Samuel Fitoussi confirme être derrière le compte « Balance ton Claude ».

Questions fréquentes

Le roman C'était ça ou mourir a-t-il été écrit avec l'IA ?

Ce n'est pas établi. L'Académie Goncourt le juge « selon toute vraisemblance très largement le produit d'une intelligence artificielle », en s'appuyant sur plusieurs analyses. L'auteur et son éditeur démentent et affirment que les versions successives du manuscrit témoignent du travail d'écriture.

Pourquoi le roman a-t-il été retiré de la sélection du Goncourt ?

Selon l'Académie Goncourt, pour « préserver l'intégrité du prix », en raison des soupçons d'IA et de plagiats attribués à l'auteur dans d'autres textes, une nouvelle et des articles publiés au Canada, qui ne concernent pas le roman, selon franceinfo.

Qui a lancé l'accusation ?

Le compte anonyme « Balance ton Claude » sur X, qui a soumis des extraits au détecteur Pangram. L'essayiste Samuel Fitoussi a confirmé le 25 septembre en être l'auteur, en se présentant comme membre d'un collectif.

Le détecteur Pangram est-il fiable ?

Pangram annonce un taux de faux positifs d'environ 1 sur 10 000, et plus faible encore sur les livres, selon Radio-Canada. Les Éditions du Boréal jugent au contraire sa fiabilité « discutable » et jamais établie sur la prose romanesque francophone.

Sources

  1. Thélyson Orélien nie avoir utilisé l'IA pour écrire son roman C'était ça ou mourir, Radio-Canada, . Presse
  2. L'écrivain Thélyson Orélien accusé d'avoir utilisé une IA : « Il faut quand même être très prudent », déclare Philippe Claudel, président de l'Académie Goncourt, franceinfo, . Presse
  3. Le roman de Thélyson Orélien supprimé de la sélection du prix Goncourt en raison de soupçons de recours à l'intelligence artificielle et d'accusations de plagiats, franceinfo, . Presse

Pour aller plus loin

Œuvres liées